Comprendre les fonctions exécutives

Les fonctions exécutives correspondent aux capacités nécessaires à une personne pour s’adapter à des situations nouvelles, c’est-à-dire non routinières, pour lesquelles il n’y a pas de solution toute faite.

Notre vie quotidienne est remplie de situations routinières…
• lacer ses chaussures
• allumer l’interrupteur en entrant dans une pièce le soir
• mettre la clé de contact pour faire démarrer le moteur
• faire le café ….
Leur réalisation repose sur une mise en œuvre automatique: elle ne demande pas d’y réfléchir, elle ne requiert que très peu d’attention.

Mais il nous arrive d’être confrontés à des situations nouvelles et/ou complexes, pour lesquelles il n’y a pas de réponse toute prête, automatique ou immédiate.
Tous les jours, Marion sort du bureau et prend l’autoroute pour rentrer chez elle. Un jour, elle suit une voiture avec remorque. Une échelle est sur le point de tomber de celle-ci. Marion regarde rapidement dans son rétroviseur et décide de se placer sur l’autre bande à hauteur du conducteur. Elle lui fait alors des signes en désignant l’arrière de la voiture.
Cet été, Alexandre a décidé de faire du camping en Corse. Comme c’est la première fois, il s’y est pris bien à l’avance afin d’éviter les mauvaises surprises. Il s’est donc d’abord renseigné sur les différents campings existants. Ensuite, il a choisi son camping en tenant compte de la distance par rapport au village et aux magasins les plus proches, des lieux à visiter et des transports existants (avec leurs prix et leurs fréquences). Finalement, lorsqu’il a téléphoné pour réserver son emplacement, il a insisté sur le type d’emplacement souhaité.
Dans ces deux situations, il n’y a pas de solution toute faite. Il est nécessaire de faire des choix, de prendre des décisions. Un plan d’action doit être élaboré et mis en œuvre.

Comment ça marche ?
Le point commun entre les situations routinières et les situations nouvelles est de sélectionner une action dans un ensemble d’actions possibles.
Une situation devient routinière lorsqu’elle se répète fréquemment dans notre vie quotidienne.
Par conséquent, la manière dont on y répond peut devenir, à force de répétition, automatique.
Lorsqu’on est à nouveau confronté à cette situation, cela active chez nous le schéma (ou scénario) d’action qui pilote
l’action attendue.

Théo rentre chez lui en fin de journée. Il fait sombre à l’extérieur. Il ouvre la porte et appuie sur l’interrupteur pour éclairer la pièce. Sam sort de la salle de bain. Il enfile une chemise et la boutonne. Marion se met au volant de sa voiture et prend la direction de son travail. Elle monte sur l’autoroute.
Toutes ces actions sont routinières au sens où leur enclenchement s’effectue automatiquement. Sam n’a pas besoin de réfléchir à la manière dont il boutonne sa chemise.
DANS LE JARGON DU PSYCHOLOGUE, ON DIT QU’UN SCHÉMA D’ACTION A ÉTÉ SÉLECTIONNÉ ET QU’IL PILOTE LE DÉROULEMENT DE L’ACTIVITÉ.

Il nous arrive aussi d’être confrontés à des situations familières dans lesquelles deux ou plusieurs schémas d’actions peuvent être activés simultanément.
Micheline a réparé sa tondeuse à gazon. Ses mains sont sales. Elle entre dans la salle de bain. Elle se dirige droit vers le lavabo, fait couler l’eau et prend le savon. Dans la salle de bain, il y a plusieurs accessoires: brosse à dents,
rasoir, déodorant, coupe-ongles, dentifrice,…Ils peuvent tous enclencher une activité: se brosser les dents, se raser, se laver,…. Toutefois, une seule va être activée : se laver les mains.
Dans cette situation routinière, un système a sélectionné l’activité appropriée et empêché des activités inappropriées d’être enclenchées.
DANS LE JARGON DU PSYCHOLOGUE, CE SYSTÈME S’APPELLE LE RÉSOLVEUR DE CONFLIT. MICHELINE PREND LE SAVON ET NON PAS LE DENTIFRICE.

Par contre, les situations nouvelles exigent que nous leur accordions d’avantage d’attention et que nous y répondions d’une façon plus contrôlée.
Théo rentre chez lui en fin de journée. Il fait sombre à l’extérieur. Il ouvre la porte et dirige sa main vers l’interrupteur mais se rend compte en même temps que la lampe est restée allumée. Il décide rapidement d’interrompre son geste. Si Théo a pu s’empêcher d’appuyer sur l’interrupteur, c’est parce que son attention était suffisamment portée sur les élément s environnants. Il a pu détecter que la lumière était déjà allumée et inhiber (réfréner) son mouvement vers l’interrupteur.
CE QUI LUI A PERMIS D’EMPÊCHER D’APPUYER SUR L’INTERRUPTEUR EST APPELÉ DANS LE JARGON DU PSYCHOLOGUE, LE SYSTÈME  ATTENTIONNEL DE SUPERVISION (S.A.S).

Sam sort de la salle de bain. Il enfile une chemise et s’aperçoit qu’il manque un bouton. Dans ce cas, il doit prendre une décision : changer de chemise, recoudre le bouton ou mettre un pull par dessus. Il fait chaud, Sam est pressé : il change de chemise. Si Sam a pris cette décision, c’est parce qu’il a pris en compte les différentes contraintes de la situation. A nouveau, c’est le S.A.S qui sous-tend le processus de décision.

Aujourd’hui dimanche, Marion a décidé de rendre visite à une amie. Elle se met au volant de sa voiture et prend la direction de son travail. Comme elle est occupée à penser à la nouvelle qu’elle va lui annoncer, elle se rend compte
trop tard qu’elle s’est trompée de chemin. Elle est montée sur l’autoroute. Qu’est-ce qui explique que Marion s’est trompée de route? Tout en conduisant, Marion a son attention dirigée principalement vers ce qu’elle va raconter à son amie et non sur le trajet qu’elle est en train d’emprunter. Elle s’est comportée comme en situation routinière : le résoluteur de conflits a sélectionné le trajet qu’elle emprunte le plus fréquemment. Ceci s’est produit parce qu’elle pensait à autre chose et donc que son S.A.S n’était pas orienté vers la sélection du trajet. Ceci est aussi dû aux capacités limitées du S.A.S qui ne peut traiter plusieurs tâches en même temps avec la même efficacité.
Comme nous venons de le voir, le S.A.S remplit plusieurs fonctions. Nous allons en préciser six : l’inhibition, la mise à jour, la flexibilité, la récupération active d’informations en mémoire, l’attention divisée et la planification.

L’inhibition
Il s’agit de la capacité à s’empêcher de produire une réponse automatique, à arrêter la production d’une réponse en cours et écarter les stimulations non pertinentes pour l’activité en cours.
Pauline est dans le bureau d’une de ses amies. Elle s’aperçoit qu’elle est en train de lire le courrier. Elle se l’interdit par souci de discrétion. Antoine a modifié des rangements dans sa cuisine. Il a changé les couverts de tiroir. Depuis
quelques jours, il doit s’empêcher d’aller les chercher à l’ancien endroit. Camille et Marie parviennent à rester attentives à leur conversation malgré le fait qu’elles entendent ce qui se dit dans la pièce à côté.

La mise à jour
Il s’agit de la capacité à rafraîchir le contenu de sa mémoire de travail (mémoire dans laquelle l’information est maintenue de manière temporaire, le temps de traiter d’autres informations) en tenant compte des informations nouvelles qui lui sont transmises.
Lors d’une soirée chez elle, Alexia prend la commande des apéros de ses amis. Le premier demande un coca tandis que l’autre demande un Maliba orange. Au moment où Alexia commence à préparer les deux boissons, l’un des deux se ravise et demande, à la place de son coca, un jus de tomate.

La flexibilité mentale
Il s’agit de la capacité de passer d’un comportement à un autre en fonction des exigences de l’environnement.
Martine prépare les ingrédients d’un gâteau au chocolat en utilisant sa balance et sa mesurette. Elle suit les indications de la recette. Elle pèse d’abord 125 g de chocolat puis mesure 100 ml de lait. Elle pèse ensuite 100 g de sucre…Léa est une élève de 6ème primaire. Elle fait son devoir de calcul. Il lui est demandé d’effectuer
en alternance une addition suivie d’une soustraction. Ludovic est professeur. Il range ses copies d’examen. Il jette à la poubelle les feuilles de questions, fait une pile devant lui avec les copies et intercale, dans l’autre sens, entre chaque copie, les feuilles de brouillon correspondantes.

La récupération active d’informations en mémoire
Il s’agit de la capacité à rechercher de manière active et efficace des informations contenues en mémoire.
Edith a fait une liste des choses à acheter au supermarché. Dans le magasin, elle se rend compte qu’elle a oublié de l’emporter. Certaines choses lui reviennent tout de suite en mémoire. Par contre, elle doit vraiment fournir un effort important pour se rappeler du reste. Elle se souvient qu’en écrivant la liste, son mari lui a parlé d’un pain de viande mais elle ne sait plus pourquoi… Elle se souvient alors des ingrédients qui lui manquaient pour le réaliser.
Maintenant, elle est presque certaine d’avoir tout sauf une chose …mais laquelle? Comme elle ne sait absolument plus de quoi il s’agit, elle parcourt les différentes allées du magasin, espérant trouver ce qui lui manque. Elle passe devant les tomates, s’arrête: elle a fini par trouver ce qu’elle cherchait!

L’attention divisée
Il s’agit de la capacité d’être attentif à deux activités en même temps, ce qui permet de réaliser les deux simultanément.
Rosalie est capable de tenir une conversation tout en regardant les images du journal télévisé.
Comme à son habitude, Patrick prépare le repas tout en ayant une discussion animée avec un de ses enfants.
Sacha répète son cours d’histoire tout en jouant à l’ordinateur.

La planification
Il s’agit de la capacité à organiser une série d’actions en une séquence optimale visant à atteindre un but.
Denis invite 25 personnes à dîner à la maison. Il prévoit une entrée, un plat et un dessert. Son objectif est que les plats arrivent chauds à table. Dans la préparation, il devra tenir compte des temps de cuisson des différents plats, de l’heure d’arrivée des convives, du temps consacré à l’apéritif…
Cathy a un rendez-vous chez le dentiste à 16 heures. Il est 14 heures. Elle décide d’aller faire des courses. Elle doit passer chez le teinturier, chercher du pain chez le boulanger, acheter un livre pour l’anniversaire de son frère. Afin de perdre le moins de temps possible et d’être à l’heure à son rendez-vous, elle décide de l’ordre dans lequel elle réalisera ses courses.

Les altérations du système exécutif entraînent, au quotidien, des difficultés à s’adapter sur le plan familial, social et professionnel et à gérer des situations nouvelles. Ces altérations  peuvent survenir chez des personnes avec ou sans lésion cérébrale. Chez les personnes sans lésion, les dysfonctionnements du système exécutif surviennent beaucoup moins fréquemment. Leur intensité est moins élevée. Dès lors, les dysfonctionnements occasionnels sont moins invalidants.

 

Texte issu d’un document rédigé par l’équipe du Centre de Réadaptation Fonctionnelle Neurologique Ambulatoire
Route de Lennik, 806
1070 Bruxelles